Posté le 28.04.2006 par auteurdezorro
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Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
Calmement, Elena s’approcha de lui et, sans rien paraître, lui dit d’un ton étonné et innocent :
« Ah oui ? »
Lowe sonda scrupuleusement son regard, comme s’il craignait qu’elle ne sache quelque chose.
« Oui. Hier soir. »
Elena bouillonnait intérieurement. Qu’est-ce qu’il racontait encore celui-là ?
« Et avez-vous découvert sa cachette ? demanda-t-elle avec curiosité et presque un peu d’admiration.
_ Non… reconnut Lowe. »
Elle lui tapa gentiment sur l’épaule pour faire preuve de compassion et l’invita à s’en aller.
« Bonne journée, Capitaine ! dit-elle avec enthousiasme. Je vous conseille de ne pas venir avant seize heures cet après-midi ! »
Elle claqua la porte et, se tournant vers Rafaelo et Bernardo, elle ajouta en levant les yeux au ciel :
« Si seulement il pouvait ne plus revenir du tout ! »
Soudain, Don Alejandro apparut en haut des marches.
« Qui était-ce ? »
Frappée de surprise et de peur, elle courut jusqu’à lui et le porta sur son côté.
« Papa, il ne faut pas que tu te lèves… Tu n’es pas encore remis de cette nuit… »
Elle le conduisit à sa chambre et le recoucha.
« Où étais-tu passée hier ? murmura-t-il doucement.
_ J’étais au couvent. Il va falloir remettre certaines choses au point quand tu iras mieux… Mais n’en parlons pas maintenant : il faut que tu te reposes.
_ Ma gentille petite fille chérie… »
Elle lui sourit et l’embrassa sur le front. Les yeux du vieil homme s’illuminèrent, puis il les ferma.
Elena se retourna et vit que Rafaelo et Bernardo étaient montés après elle et étaient tout attendris par son geste. Elle baissa la tête, puis sortit de la pièce.
« Rafaelo, j’aimerais que tu ailles faire une petite course pour moi à Los Angeles. Voudrais-tu ?
_ Bien sûr. Que te faut-il ?
_ J’ai besoin de savoir qui est ce Zorro dont Lowe a parlé. Et tous les ragots qui circulent : va donc voir le Sergent, pour ça, il est très fort et connaît absolument toutes les rumeurs que l’on raconte en ville.
_ Tu… commença-t-il en diminuant brusquement le volume de sa voix, … Tu comptes voir Zorro ?
_ Bien sûr ! Ce n’est pas lui qui est dans la prison de Lowe, c’est évident ! »
Rafaelo acquiesça en silence.
« Bernardo, par contre, j’aurais besoin de toi ici, si ça ne te dérange pas. »
Celui-ci garda son sérieux avec difficulté, mais répondit affirmatif d’une manière tranquille et posée. Et alors que Rafaelo s’apprêtait à partir d’un côté et les jeunes gens d’un autre, il glissa à Bernardo en riant :
« Je crois que Lowe n’a qu’à bien se tenir ! »
Son fils sourit comme si le compliment lui était adressé et se dirigea précipitamment vers Elena qui avait déjà pris une bonne longueur d’avance.
Lorsqu’il l’eut rattrapé, il se colla contre elle, puis entoura ses épaules pendant une seconde pour la faire pivoter vers lui.
« Elena… Calme-toi un peu, tu veux ? J’ai du mal à te suivre. Que comptes-tu faire exactement ? »
Elle regarda à droite et à gauche pour vérifier que personne ne pourrait les surprendre et le poussa jusqu’à sa chambre. Elle ferma la porte et les fenêtres à clé, puis tira les rideaux. Ensuite, elle alluma la lampe à pétrole sur la table et s’approcha de son armoire pour l’ouvrir. Mais, au plus grand étonnement de Bernardo, elle s’introduisit dans la penderie et se faufila par un passage. Elle tendit la main pour l’inciter à la suivre et bientôt, ils se retrouvèrent tous les deux dans une salle secrète. C’était là qu’Elena cachait ses costumes et ses armes. Il y avait des fouets, des épées, des poignards, des fusils et des pistolets partout accrochés contre les murs entre les pantalons, les vestes, les chapeaux et les capes noires.
« Comment as-tu pu te procurer tout ça ? la questionna-t-il avec stupéfaction.
_ Je te rappelle que je suis Zorro… !
_ Et sérieusement ?
_ Tu te souviens du Capitaine Rosales de la Délivrance ?
_ Oui, pourquoi ? C’est lui ton complice ?
_ Disons que j’avais découvert dans sa cale quelques marchandises de contrebande pour lesquelles je l’ai un peu fait chanter… Il me ramène tout d’Europe et comme il a de nombreux amis douaniers au Mexique, il ne se fait pas contrôler.
_ Et tu n’as pas peur qu’il te vende ?
_ Non ! C’est un serviteur de Zorro. Au début, il n’a pas obtempéré de bonne volonté, mais quand il s’est rendu compte que Zorro était un serviteur du peuple, il n’a jamais été plus heureux qu’aux moments où il me rencontrait ! De plus, il ne sait pas d’où je viens puisque je le prends toujours au dépourvu… Donc ses informations ne seraient d’aucune utilité pour Lowe qui ne pourrait que l’interdire de me ramener mes commandes.
_ Tu as vraiment de la ressource !
_ Il faut bien… »
Elle avança pour décrocher un fouet et lui fit battre l’air.
« … Surtout quand certains malotrus comme Lowe veulent jouer aux renards rusés en oubliant…, reprit-elle avec un sourire féroce, … que les renardes sont bien plus malignes et cruelles ! »
Elle dégaina d’un coup une épée, la saisit à toute allure et dessina un immense « Z » sur le mur.
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
*
* *
Lorsque Bernardo se réveilla le lendemain matin, Elena était déjà habillée… en Zorro. Elle s’avança vers lui pour l’embrasser et il l’emprisonna de ses bras.
« Je dois retourner au couvent pour voir le père Luís et lui expliquer ce qu’il s’est passé hier. Je lui demanderai de témoigner pour toi et moi, s’il le faut, qu’il dise bien à mon père qu’à cause de Lowe, nous avons dû rester dormir là-bas. Ton père pourra toujours dire que tu es resté plus longtemps parce que tu étais très proche de ta grand-mère…
_ Comment sais-tu que c’était notre alibi ? s’étonna-t-il.
_ Ce n’est pas mon père que Rafaelo a prévenu… Il préférait que ce soit moi qui l’avertisse. Et j’ai tout juste eu le temps de plaider votre faveur auprès de mon père avant d’aller vous rejoindre ! Je l’ai prévenu par la même occasion que j’allais également voir le père Luís, mais que je ne pouvais pas vous accompagner, puisque vous étiez déjà partis.
_ Ah… Alors tu me laisses tout seul ? dit-il en faisant semblant de bouder.
_ Mais non ! Je vais te raccompagner jusqu’à ma chambre par un passage secret…
_ Il vaudrait mieux que nous rentrions ensemble pour que ton père soit sûr que nous étions tous les deux là-bas. Et je ne peux pas laisser mon cheval ici !
_ Où est-il ?
_ Dehors, sous les arbres.
_ Je peux m’en charger…
_ Elena, je ne sais pas si c’est parce que tu n’as pas envie que je vienne avec toi que tu t’obstines à trouver de mauvaises solutions… Mais je t’en prie, je ne souhaite qu’une chose en ce moment : être avec toi. Je meurs d’envie de t’accompagner. J’ai besoin de toi, d’être à tes côtés. Alors ne me le refuse pas, s’il te plaît…
_ Très bien. Dans ce cas, tu as intérêt à remuer ciel et terre pour venir jusqu’à moi ce soir… »
Elle lui fit un clin d'oeil amusé, l’embrassa doucement, puis attendit qu’il fût prêt pour sceller Tornado.
Ils se rendirent rapidement au monastère et comme ils en convinrent ensemble juste avant, Bernardo resta dehors pour qu’on ne le voie pas avec Zorro.
Elena s’était empressée d’aller parler au père Luís, qui acquiesça pour tout ce que lui demandait son héros. Elle retira ensuite son costume pour être de nouveau elle, et rejoignit Bernardo avec soulagement. Ils retournèrent à la grotte pour y laisser Tornado et purent enfin rentrer à l’hacienda, heureux de gambader tous les deux dans la campagne californienne. Pourtant, quand ils arrivèrent, ils comprirent que le rêve qui les avait bercés terminait à cet instant.
Bernardo tourna la tête vers Elena, elle vers lui.
« Tout temps de bonheur ne le devient qu’à partir du moment où il s’achève… »
Ils franchirent le portail pour aller jusqu’aux écuries. Bernardo se laissa glisser de sa monture et tendit les bras pour aider Elena à descendre. Elle lui sourit et sauta à terre avec un regard de défi malicieux ; elle commença à s’éloigner lorsqu’il lui attrapa doucement le bras pour la ramener vers lui. La dévorant des yeux, il l’appuya contre le mur de l’abri et l’embrassa fougueusement.
« Chut ! Non ! Chut… Moi aussi, je t’aime…, lui murmura-t-elle en lui rendant quand même ses baisers. Ce soir… Tu m’as promis… »
Une fenêtre s’ouvrit au-dessus d’eux. Ils lâchèrent immédiatement leur étreinte.
« Rentrons maintenant ! suggéra-t-il. »
Il la prit par la main et la conduisit sur la mezzanine. Un instant, ils se regardèrent.
La porte s’ouvrit d’un coup, laissant apparaître Anna.
« Señorita Elena ? Bernardo ? dit-elle, fort surprise. Don Alejandro et Rafaelo s’inquiétaient… »
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que, chacun d’un côté, les deux jeunes gens la dépassèrent pour se rendre auprès de leur père respectif : Bernardo descendit au sous-sol, tandis qu’Elena monta à l’étage.
Le jeune homme traversa le couloir qui menait à sa chambre et s’y faufila rapidement. Il respira un grand coup et sursauta en faisant de grands yeux : Rafaelo attendait, assis sur son lit.
« Je… Je… Je voulais justement aller te voir, bégaya-t-il sous la surprise. »
Son père ne répondit rien, mais se leva et le serra dans ses bras.
« Mon fils… ! Si tu savais comme j’ai eu peur en ne te voyant pas revenir ! Heureusement qu’Elena était au couvent avec toi, je me suis dit qu’il avait dû y avoir un problème vous empêchant de revenir tous les deux…
_ En fait, c’est un peu plus compliqué que ça… Je n’ai retrouvé Elena que tard dans la nuit… »
Il expliqua alors à son père tout ce qui s’était passé depuis qu’ils s’étaient quittés : l’enlèvement de Lampert par les soldats de Lowe, le combat de Zorro avec ce dernier, la poursuite au galop, l’échec à la caserne de Los Angeles et la rencontre au clair de lune avec le commandant des rebelles. Bien évidemment, il passa sur l’histoire de la grotte et sur sa découverte de l’identité de Zorro, écourtant son récit en déclarant être revenu au monastère après la conversation de Zorro avec Guerrero.
Les yeux de Rafaelo s’illuminèrent en entendant son fils lui narrer les acrobaties de Zorro, ses exploits contre tous les gardes réunis, et il éclata de rire lorsqu’il lui raconta quel piège il avait élaboré pour aider le justicier.
À peine eut-il fini de retracer tous ces périples qu’on frappa doucement à la porte.
« Entrez ! »
Le loquet se déclencha et Elena apparut dans l’entrebâillement.
Bernardo lui sourit avec bonheur, mais elle lui rendit un sourire plus pâle. Il s’apprêtait à la questionner quant elle en pris l’initiative :
« Mon père dort… J’ai préféré ne pas le réveiller. »
Rafaelo avança lentement vers elle et lui demanda de s’asseoir.
« Elena… Je dois te prévenir que j’ai dû veiller ton père toute la nuit. Il a eu une forte fièvre… Anna a réussi à la faire tomber, mais il est très faible. Le docteur est venu ce matin… Il doit revenir plus tard pour parler à Don Alejandro…
_ C’est pour ça qu’il a l’air si mal ? demanda-t-elle d’un ton désespéré.
_ Ne t’inquiète pas, je suis sûr qu’il va s’en remettre : ton père est solide.
_ Mais il devient vieux… avoua-t-elle tristement. »
Bernardo la prit dans ses bras pour la réconforter et son père se tut.
Il s’en voulait d’être aussi heureux, mais il ne pouvait pas s’en empêcher, c’était vraiment plus fort que lui. Avoir Elena contre sa poitrine lui rappelait avec allégresse cette nuit qu’ils avaient passée ensemble, blottis l’un contre l’autre. Il n’aurait jamais pu imaginer que l’amour pût être aussi fort entre deux êtres et encore moins qu’un tel sentiment pouvait se partager comme ça. Il avait envie d’enfouir sa tête dans les longs cheveux de la jeune femme et de couvrir son visage de baisers… Néanmoins se retenait-il en présence de son père.
La cloche sonna dehors, réveillant Bernardo de sa torpeur. Rafaelo, surpris, sortit de la pièce, puis Elena le suivit. Bernardo se décida aussi à les rejoindre, déçu de se retrouver seul tout à coup.
C’était Lowe. Il entra sans dire bonjour et gravit l’escalier précipitamment.
« Je vous interdis de le déranger, lui ordonna Elena. Il dort. »
Le Capitaine se retourna alors vers elle.
« Le problème est que ça ne peut attendre !
_ Ah oui ? gronda la jeune femme. Et que peut-il y avoir de plus important que de se reposer pour un malade ?
_ Il est malade ? demanda Lowe, un peu attristé.
_ Oui… répondit-elle avec une certaine gêne. Il a été mal toute la nuit.
_ Soit. Je viendrais le voir plus tard, quand il sera réveillé. Mais donnez-lui un message pour moi, s’il vous plaît.
_ Certainement. Quel est-il ?
_ Zorro. Nous l’avons attrapé. »
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
Il n’en revenait pas. Comment était-ce possible ?
« Elena… ? souffla-t-il timidement. »
Zorro défit le nœud de son masque et son visage se confondit avec celui de la jeune femme.
Ils demeurèrent ainsi un moment à se regarder, silencieux. Bernardo ne trouvait plus ses mots et Elena lui laissait le temps de les chercher. Que pouvait-il penser de cela ?
« Comment as-tu pu… ? suffoqua-t-il.
_ Ce n’était pas très dur puisqu’il y a des passages secrets qui mènent de ma chambre à ici ; ça m’a tout de suite fait un repaire, débita-t-elle comme si elle eût pu manquer d’air. J’ai monté de toutes pièces le vol de Tornado, je l’ai caché là et…
_ Non, non, pas ça… ! protesta Bernardo.
_ Alors quoi donc ?
_ Comment… Comment as-tu pu me faire ça ? À moi ? Ton meilleur ami ! »
Elena resta la bouche ouverte, partagée entre colère et douleur.
« Ce que je t’ai fait ?!
_ Oui ! Tu m’as menti, tu m’as fait croire que Zorro existait vraiment ! Et ce que je n’arrive pas à imaginer, c’est que tu me racontes des histoires depuis plus de deux ans !
_ Oh ! Tout de suite ! Et toi, tu m’aurais bien caché que c’était toi, le Zorro qui me séduisait chaque soir, si je ne l’avais jamais su ! D’ailleurs, heureusement pour moi que tu l’aies fait, sinon tu aurais fait échouer tous mes plans !
_ Alors c’est donc toi qui a donné à Anna le paquet avec le costume de Zorro ! Et dire que j’avais supposé qu’il ne savait pas s’y prendre avec les femmes pour me laisser la place ! Tu savais tout ! Qui j’étais ! Quel rôle je jouais ! Et tu me bernais bien !
_ Ce n’était pas contre toi ! À l’origine, Zorro ne devait être qu’un faux amoureux pour m’écarter du mariage dont mon père voulait… Puis il a rencontré Lowe et il ne pensait plus qu’à la politique et à faire du mal aux gens du peuple… J’ai voulu lui donner une leçon en aidant les rebelles, seulement ça ne s’arrêtait plus ! Le peuple criait alors haut et fort le nom de Zorro ! Je me suis ainsi rendue compte qu’il ne pouvait plus être la seule raison de mon égoïsme, mais ce qu’il représentait pour tout le monde : le seul capable de rétablir l’ordre au sein du pays. Tout est si compliqué ! Cela ne suffisait pas ! Il fallait que je me rallie aux rebelles pour les faire gagner et trôner à la tête du Mexique. C’est comme ça que j’ai rencontré Vicente Guerrero et que je l’ai informé de toutes les actions de Lowe et de mon père que j’ai cependant défendu avec ardeur. J’ai convaincu Guerrero qu’il était manipulé par Lowe et qu’il lui fallait un peu de temps encore pour réaliser de la cruauté et de la malhonnêteté de cet infâme ! Mais je crains quand même beaucoup pour lui… Il a tellement vieilli depuis que nous sommes en Californie !
_ Et ta voix ?! ajouta-t-il sans vraiment l’écouter. Tu as… imité la voix du funambule de Barcelone ! Je le savais ! Comment ai-je pu me laisser aveugler ? Et pourquoi est-ce que tu m’as utilisé comme ça ? Comme un vulgaire pantin… !
_ Mais parce que je t’aime !! »
Bernardo se tut, interdit et ému par cette révélation inattendue.
« C’est parce que je t’ai toujours aimé et que je ne pouvais me résoudre à ne jamais t’épouser, que j’aie créé Zorro pour m’éviter le mariage, continua-t-elle. Je t’ai remis le deuxième costume pour que ce soit toi qui me séduise… Même si c’était déjà le cas. Je t’aime et t’adore depuis le jour où j’ai compris que l’amitié n’avait jamais vraiment existé entre nous, ce jour où je m’étais enfui du bateau avec toi. Je n’ai jamais eu aussi peur qu’à ce moment. C’était donc ça l’amour ? Et tout le monde qui m’aurait empêché de t’aimer… Qu’aurais-je pu faire ? J’ai essayé de te le dire plusieurs fois, mais tu m’en voulais toujours avant que je ne te révèle quoi que ce soit… »
Elle avança vers lui pour le prendre dans ses bras, mais il eût un mouvement de recul.
« Oh… Je comprends que tu n’éprouves pas la même chose ; ne t’inquiète pas, je ne te demanderai jamais de te forcer à… »
Dans sa colère, il l’empêcha brusquement de parler en plaquant une main sur sa figure et en saisissant sa tête avec l’autre.
« Arrête !! cria-t-il. »
Il caressa subitement les lèvres de la jeune femme et la resserra contre lui. Des larmes coulèrent de ses yeux sans qu’il n’y pût rien faire et il étreignit Elena plus fort encore.
Doucement, il releva le menton de la jeune femme.
« Si tu savais comme je suis fier de toi… Tu es Zorro !
_ Non ! protesta-t-elle. Je ne suis pas Zorro pour toi… ! C’est toi mon Zorro, mon héros, parce que c’est moi qui t’aie choisi… Je ne t’avais pas menti pour ça : j’étais vraiment amoureuse de Zorro… De toi. »
Leurs visages se rapprochèrent lentement l’un de l’autre. Lorsque leurs bouches se rencontrèrent enfin, les deux jeunes gens ne retinrent plus leurs gestes et s’abandonnèrent tout entier à leur amour et leur désir. Et Zorro ne fit plus qu’un.
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
Les étoiles avaient quelque chose de particulier dans le reflet du lagon turquoise. Elles ne semblaient plus si lointaines, plus si inaccessibles. Pourtant, leur beauté n’en était pas plus atténuée, le caractère mystérieux de leur lumière plus voilé : c’était comme si la conscience avait découvert un éclat insoupçonné. Un miracle peut-être.
Bernardo frémit. Il avait réussi à faire ce que personne n’avait pu avant lui : il avait atteint la tanière du Renard nommé Zorro. Une trouvaille inespérée et pourtant normale, puisqu’il l’avait suivi jusque-là. Cependant, il ressentait un trouble en lui, une sorte de malaise. Un creux dans son estomac ? C’était difficile à décrire. Pour le moment, son regard était fixé sur les vagues secouées par la marée nocturne. Ici, sous les cieux scintillants, ces ondulations paraissaient comme la caresse apaisante de Dieu sur son âme.
« Que dois-je faire ? songea Bernardo. »
Son cœur bataillait entre l’irrésistible envie d’entrer dans la grotte derrière lui et le besoin de laisser le secret se délivrer lui-même. Il pensa à Elena. Elle admirerait sûrement le courage qu’il avait eu toute la journée, mais en plus… qu'il puisse lui faire connaître la véritable identité de Zorro ! Elle serait si profondément impressionnée que peut-être elle serait déçue de savoir qui il est. Peut-être ne l’aimerait-elle plus… ? Cette perspective enflamma son esprit. Et si elle venait à l’aimer ?
Cette certitude l’envahit de bonheur et le poussa à pénétrer dans la caverne. Il se faufila entre les buissons, jubilant de son exploit et du désir qu’il avait de retrouver Elena pour voir son visage illuminé. Il se colla à la paroi rocailleuse de l’antre dissimulée sous la cascade et les branchages et s’accroupit derrière un rocher.
Il avait juste eu le temps d’apercevoir que Zorro était entrain d’attacher Tornado dans une petite écurie aménagée artisanalement. Pourtant, alors qu'il était prêt à se lancer, il se sentit perdre brutalement tous ses moyens. Il inspira plusieurs fois, se concentrant sur sa respiration pour faire le vide dans son esprit. Et soudain, il se leva de sa cachette.
Sans vraiment maîtriser ce qu’il faisait, il se rua sur Zorro et pointa son épée dans son dos.
« Je ne vous veux aucun mal, mais j’ai besoin de savoir qui vous êtes, déclara-t-il avec empressement. Je vous en prie, je ne souhaite pas vous retirer votre masque de force. Et vous pouvez compter sur moi plus que n’importe qui…
_ Je le sais, intervint Zorro. C’est bien une des raisons pour lesquelles vous ne devez savoir sous aucun prétexte qui je suis ! »
Zorro s’empara d’un coup de son épée et engagea le combat.
Si leur lutte était encore plus violente et plus acharnée que celle que Zorro avait eu avec le Capitaine Lowe, on ne sentait là aucune haine des deux côtés. Comme un banal tournoi de formalités. Cependant, les épées s’entrechoquaient à toute allure et avec beaucoup de force. Zorro enchaîna attaque sur attaque, produisant battements, dérobements, froissements, pressions, feintes, toutes sortes de parades élégantes et compliquées qui rappelaient presque un ballet tant ses mouvements étaient orchestrés avec application. Bernardo contrait calmement avec des défensives tout aussi maîtrisées. Il analysait chaque geste de son adversaire pour trouver la faiblesse qui lui apporterait la victoire.
« Pourquoi tant chercher à connaître mon identité ? remarqua Zorro. Cela n’aurait-il pas de rapport avec Elena ? »
Bernardo ne se laissa pas perturber, malgré son brusque embarras, et continua à combattre de plus belle.
Il se souvint d’Elena qui avait combattu pour la dernière fois avec lui sur le bateau trois années auparavant… Il se souvint de toutes ces heures qu’il avait passées à s’entraîner… Il se souvint de chaque fois où il s’était laissé perdre pour elle avec une simple botte…
Tout à coup, il fléchit la jambe et tendit son bras en avant pour effectuer la botte secrète d’Elena. Zorro s’immobilisa, le menton levé pour éviter la lame menaçante.
« Toi seul pouvait me vaincre… »
Le visage de Bernardo se crispa subitement et il lâcha son arme qui heurta le sol avec grand fracas.
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
Bernardo fit immédiatement le tour du jardin, surprenant quelques moines sur son passage, et sortit du couvent en galopant moins de deux minutes plus tard. Le soleil s’inclinait petit à petit et l’ombre de Zorro voulait disparaître avec l’horizon rougeoyant. Pourtant, il s’obstina de toutes ses forces à le talonner du plus près possible.
Le héros masqué avait presque rattrapé les soldats lorsqu’il dévia totalement de sa trajectoire. Déconcerté par cet imprévu, Bernardo hésita un instant à continuer sa chasse au Renard. Mais cela lui faisait déjà perdre du temps… Autant le suivre ! Il obligea alors son cheval à aller encore plus vite, récupérant avec peine les secondes d’incertitude qui l’avaient ralenti et distancé de ce fringant de Zorro, et il ne se laissa aucun repos par la suite.
Or, chose surprenante, ils finirent leur pénible voyage aux portes de Los Angeles. Bernardo dû, bien entendu, s’arrêter avant d’y être, pour n’être repéré ni par le hors-la-loi, ni par les soldats qui surveillaient la ville. La nuit n’étant pas tout à fait tombée, le temps brumeux autour d’eux, les deux intrus purent facilement s’infiltrer dans le bourg sans attirer l’attention des sentinelles.
Bernardo ne quitta pas Zorro des yeux, qui essayait visiblement de trouver une solution pour parvenir à la prison et sauver Lampert. Seulement, le malheureux Irlandais était attaché dans la cellule la plus exposée de la caserne, encerclé par cinq hommes, comme l’avait ordonné Lowe peu de temps auparavant. Malgré la nonchalance des veilleurs, il semblait impossible de pouvoir délivrer le captif. Et même, on pouvait respirer dans l’air la vigilance de beaucoup d’autres qui attendaient comme des prédateurs chassant leur proie, une impression qui poussait à ne surtout pas se dévoiler des ténèbres protectrices. Zorro dû percevoir la malveillance qui planait au-dessus, car pour une fois, il se retira sans s’essayer au moindre risque. Alors il se glissa dans l’ombre à pas de loup pour retrouver Tornado et fila à travers la campagne californienne, ne se doutant toujours pas que Bernardo l’épiait toujours…
Il semblait ne se soucier ni de sa fatigue, ni de rien d’autre que son objectif. Il chevauchait dans le noir sans craindre d’être pris, comme si rien n’eût pu lui faire de mal, rien n’eût pu le leurrer tant il était dans son élément. Une lueur brilla quelques lieues plus loin, comme si de grandes flammes brûlaient dans la plaine. En s’approchant, Bernardo vit une rangée d’hommes réunis autour d’un feu, auxquels vint s’ajouter Zorro. Il se cacha à nouveau dans les environs et se faufila jusqu’à leur camp.
Zorro s’avança au centre de l’assemblée et serra la main de celui qui semblait la présider : un individu de grande taille, bien bâti, dont la peau dorée lui venait du Mexique, avec une belle crinière brune et des yeux sombres et profonds, mais qui avait une mâchoire un peu trop avancée lui donnant l’air d’un singe. Il inspirait cependant beaucoup de respect à son entourage, comme au coquin devenant sérieux à côté de lui. Bernardo le reconnut tout de suite. C’était le commandant des forces rebelles mexicaines, Vicente Guerrero. Don Alejandro avait tellement fait sa description lors de ses repas que c’était comme si Bernardo avait pu se l’imaginer tel qu’il était. Et il ne s’était pas trompé.
« Les Indiens sont hors de danger, mais Lowe a capturé le soldat qui m’a aidé, expliqua Zorro. Connaissant ce bougre, il va se débrouiller pour le faire pendre. Cela ne dépend que du Gouverneur…
_ Nous pouvons encore laisser une chance à ce Senior Del Castillo. D’après ce que vous m’avez affirmé, ce n’est pas un méchant homme. Il est seulement vieux et faible.
_ Légèrement influençable, je dirais.
_ Alors nous verrons ce qu’il pensera de cette condamnation que Lowe veut lui faire soumettre. Notre action résultera de sa décision. Je crois cependant qu’il n’est pas nécessaire d’exciter Lowe après les évènements d’aujourd’hui. Disparaissez le temps de voir ce qui se prépare. Nous nous retrouverons la semaine prochaine, si cela ne vous ennuie pas. Je m’entretiendrai avec vous des mesures à prendre en Californie. Ici, tout est bien plus paisible qu’à Mexico. Ce n’est pas la guerre civile qui rôde par ici, mais la tyrannie. C’est pourquoi je peux compter sur vous. Vous avez de fidèles alliés et vous en êtes également un très précieux pour nous. »
Zorro pivota sur lui-même pour faire face aux autres membres de l’assistance. Il les examina un par un avec une certaine froideur, puis s’adressa de nouveau à son hôte :
« Lequel d’entre eux va gouverner si l’Espagne accorde l’indépendance au Mexique ? »
L’un d’eux s’avança vers Zorro et s’inclina.
« Je suis Augustín de Iturbide. »
Ils échangèrent une poignée de main aimable.
« Je suis très honoré de vous rencontrer enfin, Senior Zorro. »
Le justicier ne répondit rien, mais lui sourit, puis il salua tout le conseil et s’effaça dans la nuit.
Inlassablement, Bernardo se remit en selle pour continuer de le suivre. Il était vrai que maintenant, ce n’était plus pour l’aider qu’il le faisait ; c’était pour savoir qui était Zorro.
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
*
* *
Le Capitaine Lowe et ses soldats étaient déjà sur place : le bataillon qu’avait aperçu Zorro n’était qu’une troupe de renfort. Bernardo rampa sous la barrière pour se dérober à la vue des militaires. Le Renard n’était manifestement pas encore intervenu… Il attendait peut-être de voir ce qu’ils avaient l’intention de faire.
Lowe murmura des ordres à ses subalternes qui entrèrent alors dans le couvent. Le père Luís surgit au même instant par les jardins, fort surpris par la présence de Lowe.
« Capitaine Lowe ? Y aurait-t-il un problème pour que vous ayez fait tout le chemin depuis Los Angeles ?
_ Un problème ? nota-t-il. Il me semble bien, mon père. Vous avez recueilli des fugitifs.
_ Comment ça ?! Parlez-vous des Indiens ? Ils ont demandé l’asile et ils sont ici sous la protection de Dieu ! Vous ne pouvez rien faire contre mon autorité cléricale…
_ Effectivement, je crois que je ne peux rien faire, cependant… »
À cet instant, les soldats qui s’étaient infiltrés dans le monastère apparurent à nouveau, Lampert ligoté et bâillonné entre eux.
« … Cependant, répéta-t-il, cet homme, qui est aussi mon soldat, doit revenir avec moi à Los Angeles.
_ Vous n’avez pas le droit, s’il a aussi demandé asile dans la maison de Dieu.
_ Je suis Dieu dans mon régiment, je ferais donc ce que je veux de lui. Il sera pendu haut et court très prochainement, si vous désirez assister à son exécution.
_ Blasphème ! s’écria le prêtre. Vous avez besoin de l’accord du Gouverneur pour condamner cet homme et le Senior Del Castillo n’acceptera jamais votre requête !
_ Vous en êtes sûr ? Parce que pas moi.
_ Capitaine Lowe, vous ne possédez pas le pouvoir de ce pays contrairement à ce que… »
Une énorme détonation retentit au-dessus de leurs têtes, l’interrompant brutalement. Ils levèrent tous les yeux vers le toit lorsque Zorro bondit agilement, atterrissant devant eux sur une charrette en bois. Le caporal Reyes qui retenait Lampert se jeta sur lui, accompagné par le Sergent Garcia et quelques hommes.
Zorro fit jaillir son fouet qui rencontra la jambe de Reyes, l’attrapa et le fit tomber. Il sauta de côté pour éviter l’épée d’un autre, roula jusqu’au Sergent, arma un coup qui fit voler le sabre du soldat tout près de Lowe. Garcia, confronté à Zorro sans défense, s’empressa d’aller chercher sa lame, mais ne put échapper à celle du rusé qui lui marqua un énorme « Z » sur les fesses. Le Sergent apeuré courut jusqu’à Lowe pendant que Zorro se battait déjà avec un autre escrimeur.
« Garcia ! lui dit Lowe. Rassemblez tous vos hommes et ramenez Lampert à la caserne. Faîtes-le emprisonner dans la prison du fond et surveiller par au moins cinq soldats alternants. »
Garcia acquiesça et se trémoussa vivement autour du Capitaine.
« Reyes ! Ortega ! Ramon ! Ici ! s’écria-t-il. Les autres, ramenez Lampert par là ! »
Zorro comprit immédiatement ce qu’ils comptaient faire et se débarrassa de Ramon d’un coup de pied. Il se précipita vers Lampert et les hommes qui le tenaient prisonnier, mais Lowe s’interposa entre eux, l’épée en l’air.
« Ah ! Mon cher Capitaine, voilà enfin l’occasion rêvée de vous combattre… Pour vous vaincre bien sûr !
_ N’espérez pas trop là-dessus Zorro : vous ne m’avez encore jamais affronté…
_ Je sens que ça va être encore plus drôle qu’avec le Sergent ! se réjouit-il. »
Les deux adversaires attaquèrent en même temps, leurs lames se cognant l’une contre l’autre dans un choc puissant et assourdissant. Lowe tenta une feinte que Zorro esquiva d’un saut arrière. Voulant reprendre l’avantage, il piqua pour affaiblir son ennemi avec des battements vigoureux et acharnés. Ce dernier ne se laissa pourtant pas si facilement faire et para habilement avec un jeu de jambes maîtrisé.
Leur lutte les emmena de l’autre côté du bâtiment, permettant à Bernardo de serpenter entre les buissons du jardin et de parvenir jusqu’au père Luís. Il lui fit signe de ne rien dire et de retourner dans le couvent et, alors que les soldats conduisaient Lampert jusqu’à leurs montures, il se glissa rapidement jusqu’au portail et le ferma du mieux qu’il put. Mais au moment où il allait baisser la barrière, il entendit les chevaux se diriger vers la sortie et dû immédiatement s’éclipser dans l’ombre des arbres. Les cavaliers se décontenancèrent en apercevant la porte close ; ils étaient sûrs qu’elle était encore ouverte quelques minutes auparavant. Deux d’entre eux s’obligèrent à descendre de leurs étriers pour y remédier, lorsqu’une voix les appela. Ils se retournèrent et comprirent que c’était le père Luís.
« Je vous prie de ne pas faire ça, Messieurs ! ordonna-t-il. »
Les hommes s’embarrassèrent de devoir braver l’autorité d’un homme d’église et, profitant de leur regret soudain, Bernardo accrocha une corde autour d’une grosse branche et traversa le chemin sans se faire voir pour attacher la deuxième extrémité de l’autre côté. Il vérifia que son piège fonctionnerait bien et se dissimula à nouveau dans l’obscurité au moment où les soldats préférèrent éviter la conversation du prêtre. Ils avancèrent lentement vers le portail, où du moins c’est ce qui sembla à Bernardo, sentant la tension monter en lui au fur et à mesure de leurs pas qui les rapprochaient toujours davantage de sa ruse.
À l’instant même où ils allaient franchir la corde, Bernardo tira de toutes ses forces dessus, les faisant violemment trébuchés. Ils passèrent par-dessus le câble pour se cogner contre les planches de bois de la porte. Bernardo relâcha sur le champ son étreinte et s’enfuit à toutes jambes dans la direction que Zorro avait prise dans son combat avec Lowe. Il lui avait fait gagné peut-être assez de temps pour secourir Lampert…
Lorsqu’il découvrit qu’ils bataillaient avec toujours autant de force et de vigueur qu’au commencement, il craignit que Zorro ne pût plus rien faire pour Lampert. Mais Elena lui avait appris à ne jamais être à court d’idée. Prenant son courage à demain, il s’enfonça à travers les broussailles jusqu’à ce que la distance entre lui et les escrimeurs fût la plus petite possible.
« Zorro ! Zorro ! Ils vont emmener Lampert ! cria-t-il. »
Alarmé, Zorro fit volte-face, manquant du même coup de se faire hacher par un mouvement de l’épée de Lowe. Le Renard se retourna vers lui, lui sourit et d’un bond, le blessa à la main, qui lâcha l’arme sous la douleur.
« Ce fut un plaisir, très cher Capitaine ! Mais le devoir m’appelle… Vous ne pourriez pas être un peu plus sage de temps en temps ? J’espère que cette petite punition vous aura servi de leçon ! »
Il éclata de rire devant le visage stupéfait de Lowe et s’élança à la poursuite des gardes.
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
Rafaelo incita son fils à repartir. Mais Bernardo éprouvait un indicible sentiment de culpabilité…
« Père ? l’interrogea-t-il soudainement. Est-ce qu’il vaut mieux se forcer à faire ce qu’on ne veut pas quand on est sûr du contraire ?
_ Que souhaites-tu m’expliquer ? s’enquit son père calmement.
_ Je n’ai pas ma place ici. Je ne devrais pas rejoindre l’hacienda avec vous, paisiblement, et faire comme si cette journée n’avait pas été. Je ne peux me résoudre à laisser Zorro se jeter dans la gueule du loup sans être à ses côtés et courir les mêmes risques.
_ Bernardo… Sois raisonnable : tu n’es pas Zorro.
_ Peut-être, mais je pourrais bien l’être, comme n’importe quel autre homme ayant un peu de courage. Et je peux faire autant que lui ! Je ne veux pas son prestige… Je veux seulement aider un homme qui en a encore besoin.
_ Si tu es sûr, que puis-je faire pour te retenir ?
_ Rien. Car rien ne m’en empêchera, constata-t-il en se s’étonnant lui-même. Oui… Je vais aller aider Zorro. »
Il tendit son sac à son père, ne gardant avec lui que l’épée.
« Ne le mets pas au feu tout de suite ; je m’en chargerais plus tard. Glisse-le derrière mes vêtements dans l’armoire. »
Un instant, le temps sembla cesser d’être en mouvement. Rafaelo observa son fils avec admiration.
« Tu es un homme, mon fils. »
Bernardo rayonna de fierté et lui sourit.
« Merci, papa. »
Il prit un aussi bel élan que Zorro quelques minutes auparavant, mais juste au moment de franchir la colline, il s’arrêta et cria à son père :
« Je reviendrai, tu peux compter sur moi ! »
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
*
* *
Zorro fit sonner la cloche. Des bruits de pas retentirent de l’autre côté de la porte et les verrous grincèrent avant qu’un petit bonhomme rondouillet en robe de bure n’ouvrît. Il dévisagea l’homme masqué, se pencha au-dehors et aperçut la foule d’Indiens qui attendaient patiemment devant le cloître. Il invita Zorro à le suivre et se dirigea rapidement dans le labyrinthe des couloirs de l’abbaye.
Ils arrivèrent dans un petit jardin où il y avait une belle et grande fontaine. Le moine passa par le chemin qui traversait cette petite cour, contourna une colonne de marbre et descendit l’escalier devant lui. Ils parvinrent à une grande salle obscure qui semblait être un cellier d’après les odeurs. Le religieux chercha une torche et l’enflamma. Les sens ne l’avaient pas trompé : il y avait des bouteilles de vin partout contre les murs et de grandes cuves gisaient un peu plus loin ; elles avaient dû être rentrées en attendant les prochaines vendanges. Ils continuèrent leur route et atteignirent la porte arrière qui menait aux terres cultivées du monastère.
« C’est ici que nous aurons besoin d’eux, dit le moine avec un sourire. »
Il lui montra les potagers, les vignes et les orangers qui s’étendaient en masse sur des lieues.
« Le père Luís va bientôt vous recevoir. »
Zorro le salua pour le remercier tandis que son guide s’éloignait.
Il n’eut pas à attendre longtemps ; deux minutes plus tard, le père Luís le prenait dans ses bras comme son frère.
« Zorro ! s’exclama-t-il. J’avais peur que tu ne te sois fait attraper par les hommes de Lowe !
_ Non, je pense que ce sont plutôt eux qui se sont faits piéger…, remarqua-t-il en riant. Mon père…, il est cependant urgent que vous m’écoutiez. J’ai amené ici les Indiens comme je vous avais dit.
_ Oui, Felipe me l’a dit. Combien sont-ils ?
_ Je ne sais pas exactement… Probablement plus d’une centaine.
_ Très bien, tu vas me les présenter.
_ Un de mes amis ici présents parle indien.
_ Ne t’inquiète pas pour ça : un de nos apprentis est Indien ; il saura les guider s’il faut.
_ Dites-moi, mon père… N’avez-vous rencontré aucune réticence de la part de vos frères ?
_ J’avoue ne pas leur avoir révélé toute la vérité pour éviter tous conflits, mais je me suis confessé immédiatement après. Pour la bonne cause… ! Maintenant, amène-moi jusqu’à eux. »
Ils reprirent exactement le même chemin que celui que Zorro avait emprunté avec Felipe. Il le conduisit jusqu’aux Indiens qui eurent un mouvement de gaieté contenue. Le père Luís s’avança, aussi ému qu’eux et il demanda à Rafaelo de le traduire.
« Nous sommes tous heureux de vous accueillir ici, dit-il d’une voix douce. C’est moi qui m’occuperais de vous, si vous avez des problèmes. Un de mes apprentis va bientôt arriver pour vous parler : il est Indien, comme vous… »
Il leur donna toutes sortes d’indications, puis leur demanda de le suivre pour qu’ils visitent l’abbaye et ensuite, les dortoirs où ils pourraient dormir.
Zorro était satisfait de son œuvre : savoir qu’il avait bien fait de laisser tous ces gens entre d’aussi bonnes mains que celles du père Luís sembla apaiser sa nature fougueuse. Bernardo et Rafaelo étaient tous aussi contents de leur bonne action. Ils se tournèrent tous trois vers Lampert qui était resté immobile, comme s’il attendait de pouvoir leur parler.
« Messieurs, j’aimerais pouvoir vous dire merci… commença-t-il lentement. Vous m’avez sauvé, vous m’avez montré le bon chemin, la voie qui menait jusqu’à Dieu… ! »
Il désigna le monastère avec fascination.
« … Je vais rester ici, reprit-il. Je serais sûrement plus utile là qu’à la caserne de Los Angeles. Et je pourrais expier toutes mes fautes passées ici. En paix. »
Il serra la main des trois compagnons et pénétra dans le monastère.
Zorro siffla Tornado. Bernardo eut un frisson en l’entendant. Décidément, Zorro lui était bien familier ! Mais quand il le regardait, jamais de près certes, car le renard y veillait bien, il avait pourtant tout le temps cette impression de déjà-vu, sans pouvoir lui attribuer ni visage, ni nom.
Ils remontèrent chacun sur leurs chevaux, partirent rapidement en suivant le sentier de la plaine et continuèrent en direction de Los Angeles. À mi-chemin, ils s’écartèrent légèrement de la route pour éviter les rencontres importunes, qui risquaient d’être plus fréquentes dans ces environs.
Ils ne se parlèrent pas pour respecter leur plaisir particulier, un plaisir inexprimable que l’on ne peut ressentir que lorsqu’on s’est battu durement pour gagner une bataille et que, tout courbatu, l’on finit vainqueur. Les courbatures comptent, car sinon l’impression d’avoir tout donné de sa personne ne paraît pas assez véritable. Rafaelo était le plus heureux : il avait roulé dans la terre comme un gamin et les bleus qui étaient déjà visibles sur ses cuisses et dans son cou représentaient les preuves irréfutables de sa vaillance. Bernardo, lui, voulait s’empêcher d’être fier, mais il avait bien du mal. La seule chose qui le rappelait vraiment à l’ordre était de voir Zorro, cette figure de puissance et de courage qu’il savait qu’il ne pourrait jamais dépasser. Le Renard méritait plus que lui ou son père de louanges, car c’était lui qui avait édifié tout le plan de leurs actions et qui avait le plus combattu pour les mettre hors de danger. Et le plus surprenant dans tout ça, c’est qu’il ne semblait en tirer aucune gloire, n’apprécier que le bonheur de ces autres qu’il avait sauvés. Avait-il quelque chose à se reprocher pour être aussi honorable et ne penser qu’à autrui ? Ou était-ce possible qu’un homme aussi généreux existât ?
Subitement, Zorro s’arrêta. Il resta silencieux, percevant chaque bruit et chaque mouvement autour de lui d’une façon qui troubla encore plus Bernardo.
« Restez là un instant, s’il vous plaît, les pria-t-il. »
Le père et le fils n’osèrent bouger, mais se regardèrent d’un air surpris. Que pouvait-il bien se passer ?
Zorro gravit lentement la petite colline qui les dissimulait de la route et revint dès qu’il eut jeté un coup d’oeil.
« Apparemment, le Capitaine Lowe est déjà au courant de nos exploits de tout à l’heure. Une troupe est en marche en direction de l’abbaye, les informa-t-il. Ils sont encore loin, mais ils sont très bien visibles d’ici. Je dois retourner prévenir le père Luís, et Lampert par la même occasion. Vous ne pouvez cependant m’accompagner cette fois ; je crains que ce ne soit trop dangereux pour votre couverture. Je vous conseille même de bien mettre au fond de vos sacs les déguisements et quand vous serez à l’hacienda du gouverneur, de les brûler. Au moins les masques… »
Il se retourna vers la colline d’une façon qui montrait son inquiétude et son empressement.
« … Merci encore de m’avoir aidé. Sans vous, je ne serais arrivé à rien. Mais maintenant, c’est à moi d’équilibrer les choses afin que votre courage ne fût pas vain. Alors… À bientôt ! »
Sans attendre de réponse de leur part comme si elle lui aurait été difficile à entendre, il s’élança avec Tornado, ne pensant plus qu’à faire régner la justice là où elle faillirait…
Posté le 10.12.2005 par auteurdezorro
À cet instant, une traînée de poussière les enveloppa et l’on entendit distinctement les fers d’un cheval taper contre le sol. Bernardo et Rafaelo reculèrent instinctivement vers les buissons.
« Je crois que vous avez réussi votre mission mes chers amis ! dit une voix pleine d’enthousiasme. Ce soldat est-il votre prisonnier ? »
La brume s’effaça lentement pour laisser apparaître Zorro. Lampert se raidit, mais n’osa bouger.
« Non, c’est notre allié maintenant, révéla Bernardo. »
Zorro se tourna vers Lampert, lui sourit et lui serra la main à son tour.
« Je préfère largement être en bons termes avec les gens que je ne connais pas, plutôt que devoir leur donner des leçons ! plaisanta-t-il. »
Bernardo l’observa avec une certaine gène incompréhensible. Cette voix lui rappelait étrangement quelque chose… Pourtant, il passa outre et se concentra sur ce qu’il avait à faire pour le moment : rassembler les Indiens et les emmener jusqu’au couvent.
Rafaelo s’approcha de plusieurs hommes Indiens et commença à leur parler dans leur langue. Les femmes autour de lui l’implorèrent et le remercièrent de ce qu’ils faisaient pour eux. Un grand cri de joie s’éleva pour la gloire de Zorro qui défendait les opprimés…
Le héros masqué attrapa un petit garçon et le fit s’asseoir devant lui sur Tornado. Le gamin jubilait et appelait ses parents pour leur montrer sa fierté d’être monté sur le cheval de Zorro. Rafaelo s’approcha d’eux et déclara au cavalier :
« Cet enfant a dit à ses parents que vous êtes le Renard-aux-grandes-ailes. Cela signifie que votre bonté d’âme dépasse celles des autres hommes sur terre.
_ Je t’en prie Rafaelo, demanda Zorro, je veux qu’il sache que c’est un honneur pour moi que de l’avoir à mes côtés. »
Rafaelo traduisit ses paroles d’un ton très doux au garçon dont le visage s’illumina d’un coup. Il se retourna vers son idole et le serra dans ses bras.